Une pétition pour réclamer la révocation de Robert Ménard

Les députés socialistes Alexis Bachelay et Yann Galut, ont lancé mercredi un appel pour la révocation du maire de Béziers, Robert Ménard. Une pétition motivée par la mise en ligne par la mairie de Béziers d'une vidéo dans laquelle on aperçoit Robert Ménard expliquer aux réfugiés "qu'ils ne sont pas les bienvenus" dans sa ville et qu'ils doivent quitter les locaux qu'ils occupent. (le Point)

 

Entendons nous. Nul ne manifeste plus d'aversion pour la personnalité, les actes et le parti de Ménard que l'auteur de ces lignes. Nul plus que lui ne souhaite que ce sale type, par le jeu démocratique normal, soit mis hors d'état de nuire politiquement. Nul ne souhaite davantage que les électeurs de Béziers, aux échéances normales, ne se réveillent et corrigent le tir (là en revanche, je suis pessimiste)

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De reporter sans frontières à racisme sans frontières... Quelle déchéance!

&&&&&&&&&&&Mais non, on ne réclame pas par pétition la révocation d'un maire élu par le suffrage universel, surtout quand on n'est pas électeur de sa commune. S'il a franchi les bornes de la légalité, le ministère public peut le poursuivre - par exemple pour incitation à la haine raciale, pour discrimination, pour abus de pouvoir, et je suis sûr qu'on peut trouver d'autres motifs. Et le même ministère public peut demander aux juges de prononcer une peine d'inéligibilté : dans ce cas la présence de Ménard à la tête de Béziers serait réglée de manière institutionnelle, en respectant les lois républicaines. Démarche à laquelle je souscris pleinement s'il est avéré qu'elle a quelques chances de succès.

Les "socialistes" qui ne pétitionnèrent pas contre Guérini dans les Bouches du Rhône, contre les mafieux de leur camp qui sévirent dans le Nord - et qui abîmèrent tant l'image républicaine que cette région qui fit tant pour le progrès social en France est en passe de tomber dans l'escarcelle de l'extrême-droite - sombrent encore à la fois dans le ridicule et l'outrance contre-productive.

En outre ils légitiment la mentalité profonde de la droite dure. Si la gauche bien-pensante et propre sur elle se sent envers et contre tous seule dépositaire des canons de la "morale" au point d'en être selon les circonstances ridicule ou pénible, partout dans le monde la droite se considère comme seule légitime à exercer le pouvoir. Quel que soit le verdict des urnes, quand elle est chassée des manettes c'est pour elle une anomalie, une situation intolérable et elle attend le moment où enfin la parenthèse malheureuse sera renfermée, où elle rejoindra sa place naturelle. C'est à droite qu'on professe l'illégitimité des adversaires comme un postulat.

Les "socialistes", avec cette pétition, créent un dangereux précédent. Déjà quand la réforme mineure de la constitution qui instituait un statut pénal pour le chef de l'Etat fut  adoptée, des sympathisants sarkozystes franchirent allègrement le pas sur les réseaux sociaux en se demandant "ce qu'on attendait pour virer Hollande" coupable d'être impopulaire, de mener une politique désastreuse (mais comme sur le plan économique il va plus loin que Sarkozy dans le sens des intérêts de la finance et du patronat le plus bête du monde, si nous pourrions être furieux, on se demande pourquoi eux le sont) en oubliant que quoi qu'on lui reproche il n'a pas commis de crime, il n'est pas coupable de haute trahison et qu'il fut élu pour cinq ans. Qu'est ce qui empêchera les adversaires des socialistes et de la vraie gauche de reprendre cette arme de la pétition sentencieuse?

Ménard qui est sans nul doute la quintessence du salaud lumineux (au sens donné par Vergès à cette expression) ne s'y est pas trompé, qui se frotte les mains et embraye sur le bon air connu de la victimisation. On lui reprochera ce qu'on veut mais sûrement pas de manquer de talents de communication et il jouit de cette situation ubuesque qui fait de ce provocateur haineux et cynique une victime innocente. Et Cazeneuve qui embraye en suivant ses camarades fait là un étonnant faux-pas, lui qui depuis sa nomination avait réussi à sortir la fonction de ministre de l'Intérieur de l'hystérie durable dans laquelle l'avait plongée Sarkozy sans pour autant nuire à l'efficacité de ses troupes.

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Enfin on rappellera le postulat de base. On ne lance pas une action sans s'être assuré auparavant d'un succès relatif, faute de quoi le remède est pire que le mal. Le PS a des dizaines de milliers d'adhérents, des tas de gens sont encore des adversaires irréductibles de la peste brune et pourtant cette pétition ne recueille à cette heure que moins de 5.000 signatures. En clair, elle sonne comme un plébiscite... en faveur de Ménard : un comble!

b. borghésio