Ce sont nombre "d'hexagonaux" qui ont de Taubira une opinion très positive. L'auteur de ce blog qui a vécu longtemps en Guyane et qui connaît "la dame" savait depuis longtemps ce qu'il fallait en penser.

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Depuis quelques jours, les indications négatives sur la Garde des Sceaux tombent comme à Gravelotte et il est temps de faire connaître au bobo naïf enthousiasmé par la conclusion du débat relatif au "mariage pour tous" (très mal conduit, qui s'est enlisé et de ce fait a créé une ligne de fracture durable dans la société) quel est le passé et surtout le passif de Taubira.

I08007293Tout d'abord, on lui rendra justice à propos des accusations "d'avoir été une militante indépendantiste". Parce qu'elle ne fut qu'autonomiste (et le général de Gaulle lui même, lors d'un passage en Guyane, dans un discours très remarqué sur la place des Palmistes de Cayenne a indiqué que "donner une part grandissante d'autonomie à des territoires aussi éloignés ne serait pas une aberration"). Ensuite parce qu'avoir été autonomiste (et même indpéndantiste) dans sa jeunesse n'est pas plus infamant, litote, que d'avoir grenouillé dans les rangs de la peste brune comme des types aussi respectables que Longuet, Madelin, Léotard, Devedjian, etc., ou à l'opposé chez les maoïstes de bonne famille qui ont poussé des centaines de fils de prolos à abandonner les études bourgeoises (ce qu'ils se gardaient de faire) dans le but de préparer la révolution ouvrière au sein des usines. Aujourd'hui ils sont Néo-Cons (Glucksmann, Kessler au Medef), Inspecteur général de l'éducation nationale (Geismar), ex patron de presse (July), j'en passe et des pires. Et ils ne se sont jamais excusés.

Christiane_Taubira_-_Royal_&_Zapatero's_meeting_in_Toulouse_for_the_2007_French_presidential_election_0529_2007-04-19Taubira a atterri dans la politique guyanaise par opportunisme, profitant d'une circonstance favorable: le parti Socialiste Guyanais (PSG), épuisé par des années de népotisme, secoué par des scandales de corruption qui font des socialistes d'Hénin-Beaumont, en comparaison, un rassemblement de louveteaux, avait présenté aux législatives de Cayenne un candidat à l'époque des plus médiocres (Rodolphe Alexandre, il a fait des progrès depuis... et viré à droite), en outre sapé à la base par les caciques que la "jeune garde" socialiste guyanaise avait tentés d'écarter. Le contournant sur sa gauche - très à gauche même - elle fut nettement élue (environ 60% des voix au second tour) sous l'étiquette Walwari, parti créé exclusivement pour gérer son image et sa carrière. Deux semaines après, la députée guyanaise censée représenter la gauche extrême votait la confiance au gouvernement Balladur (qui, disposant d'une chambre introuvable, n'avait en outre pas besoin de cet appui... surprenant, on va dire). On se perd encore en conjectures sur ce choix pour le moins curieux, Taubira ayant parlé de "souci d'apaisement" (la droite ayant été quasiment absente de ce scrutin de circonscription... à qui fallait-il donner de tels signaux?)

Les "qualités" de la dame? Une tchatche incroyable qui supplée la compétence. Il est vrai que sur la scène politique guyanaise, elle dépasse de la tête et des épaules tous les autres débatteurs, et ses premières interventions à l'Assemblée nationale furent réussies. Il est toutefois intéressant d'analyser les mécanismes de la thétorique taubirienne, pour en découvrir les limites. La mise en exergue, pour le glorifier ou le stigmatiser, d'un passé lointain, lui permet de façonner des envolées lyriques propres à la mettre en orbite. La dénonciation en des termes cinglants des imperfections du présent est en général très réussie, jamais suivie de propositions concrètes pour y remédier. Quant à l'évocation de l'avenir (forcément radieux si on suit la guide), il est difficile de faire mieux. 

taubira-jpg-jpg-2544099-jpg_2184955Devant cette logorrhée empreinte de références approximatives mais exprimées dans un français impeccable, d'aucuns tombent sous le charme. Mais signalez-lui un quelconque désaccord, une réserve aussi minime soit-elle, et vous serez submergé d'un florilège de nom d'oiseaux, d'injures, vous serez assommé de critiques, appuyées par la claque éperdue de ses fans. En clair, dans une société aussi réduite que le microcosme guyanais, où chacun se connaît ou peu s'en faut, la dame a su créer un climat pénible qui lui assura une certaine domination. Elle n'est en outre guère difficile quant au choix de ses partisans. Icône d'une France multiraciale ennemie de toutes les discriminations à Paris, elle a maintenu dans les rangs de Walwari un candidat à une élection municipale (à Remire-Montjoly) qui revendiqua la ségrégation scolaire, pour que les élèves brésiliens ne transmettent pas "leurs maladies" (lesquelles?) à nos enfants. Même le FN n'oserait pas aller jusque là.

Il n'est pas inintéressant de signaler que si les Guyanais - gens globalement paisibles et dont les critères politiques sont très différents de la rationalité hexagonale (je ne dis pas qu'ils sont irrationnels: je leur en prête une différente) - ont envoyé souvent Taubira à l'Assemblée nationale où au Parlement européen, son mouvement n'a jamais brillé dans les scrutins locaux: d'accord pour envoyer celle qui parle fort nous représenter au mieux "là-bas", mais confier son sort au quotidien à quelqu'un d'aussi sectaire, c'est une autre paire de manche.

Quand on analyse le lyrisme de Taubira, on est frappé par le fait que ses propos demeurent dans les "généralités générales" assorties de références multiples qui évoquent l'adage: "la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale", sans jamais aller au fond des choses, s'abaisser à des propositions claires. Taubira, en Guyane, ce fut  "l'économiste" puis "la grande économiste" (elle a donné quelques cours de cette matière sur place, a disserté à RFO radio sur "l'avenir de la crevette guyanaise" et toute cette sorte de choses) mais jamais au grand jamais elle n'a formulé de propositions concrètes, propres à mettre des solutions en oeuvre, visant à lutter contre le niveau indécent des prix en Guyane, contre l'aberration de l'Octroi de mer, contre la défiscalisation qui fait perdre des centaines de millions d'euros sans résultats tangibles, etc.. On notera que récemment, ses références en matière de compétences attestées par des diplômes sont sérieusement battues en brèche. Non, Taubira n'est pas titulaire de doctorats (le Monde)... Mais la dame a eu la rouerie de le laisser dire par d'autres sans corriger l'affirmation, donc on ne peut pas l'accuser formellement d'imposture. Sur le plan pratique, elle a monté une entreprise dans son existence, qui fit très vite faillite... l'économie sur le terrain, ce n'est apparemment pas son truc.

demantelement-d-un-site-d-orpaillage-illegal-2Pendant le gouvernement Jospin, Taubira s'est fait remarquer par la production d'un "rapport" relatif aux mesures à mettre en oeuvre pour lutter contre l'orpaillage sauvage qui ravage l'hinterland guyanais. Oeuvre remarquable car elle a rédigé son pavé sans poser une fois ses fesses sur le banc d'un canot, sans monter dans un hélicoptère pour aller voir la réalité de terrain. Ce pavé est composé de dizaines de pages de généralités, de références à l'histoire de l'orpaillage en Guyane depuis le début du XIXe siècle, d'autres banalités mais sans proposition concrète, si ce n'est de permettre à la gendarmerie de détruire sur place le matériel de prospection et d'exploitation des chantiers illégaux quand ils ne peuvent pas le ramener sur le littoral (le cas, dans 95% des situations). Nos pandores le réclamaient depuis des années, mais cela nécessitait une investigation très technique, une plongée dans les profondeurs de plusieurs codes (code pénal, code minier, code du travail, références liées au droit de propriété, etc.) faute de quoi on tombait dans l'inconstitutionnalité. Plongée que Taubira s'est abstenue de réaliser. Dans ces conditions, Jospin qui n'avait pas de solution "clé en main", qui se moquait en outre de l'outre-mer et de ses problèmes, a enterré un pavé que de toute manière aucun premier ministre n'aurait eu le temps de digérer.

On félicitera, une fois n'est pas coutume, Sarkozy, ministre de l'Intérieur quelques années plus tard, d'avoir accompli ce travail et si les coups portés à l'orpaillage sont encore insuffisants, ils ont néanmoins gagné en puissance grâce à ce toilettage législatif volontariste.

chevenement_jean-pierre1Les socialistes sont amnésiques. Ils ressentent encore de nos jours une haine viscérale vis-à vis de Chevènement coupable, selon eux, d'avoir contribué par sa candidature à l'élection de 2002 (Chevènement avait eu le tort d'avoir raison avant tout le monde à gauche sur les ravages que l'insécurité croissante produisait dans l'opinion, et avait démissionné, fatigué de se faire insulter au quotidien par ses "camarades"), mais ils oublient que la candidature de Taubira, la même année, alors qu'officiellement elle faisait partie de la majorité gouvernementale, a tout autant privé Jospin d'un second tour.

Que dans ces conditions, Hollande soit allé la chercher pour lui confier un poste aussi emblématique que celui de garde des Sceaux laisse perplexe. D'ailleurs, il n'y a pas de ministère plus mal tenu que celui de la Place Vendôme, avec son défilé ininterrompu de conseillers qui claquent la porte, exaspérés, ou qui sont balancés par Taubira, laquelle semble vouloir dépasser Dati en terme d'incompétence dans la gestion des ressources humaines. Comme d'habitude, le lyrisme (à l'occasion du débat sur le Mariage pour tous, par exemple) tient lieu de politique mais sinon... Taubira a soulevé avec une indignation surjouée l'état lamentable de nos prisons, qui font honte à la France. Fort bien, mais on chercherait en vain une mesure efficace qu'elle a fait adopter pour arranger, ne serait-ce qu'aux marges, la condition carcérale: effectivement il faudrait mettre les mains dans le cambouis au lieu de vocaliser, et ça, ce n'est pas son truc.

Sa proposition de remplacer certaines peines de prison par "la contrainte pénale" est loin (pour de nombreux délits) d'être stupide mais au lieu de lancer cette idée vague - qui permet à la droite de stigmatiser "la gauche laxiste", - n'aurait-il pas été opportun de travailler sur le plan strictement technique pour qu'enfin les Travaux d'Intérêt Général, les Jours Amende, les astreintes à domicile, la semi-liberté quand le délit n'est pas trop grave et que la personne, insérée socialement, a besoin de continuer de travailler (ne serait-ce que pour indemniser ses victimes), soient plus accessibles aux JAP?. Bref, faire de la contrainte pénale au quotidien sans le dire... c'est toujours mieux qu'en parler sans le faire. 

Locaux-de-garde-a-vue_pics_390Mystère encore, dans cet amendement que Taubira a imposé, qui diminue de moitié la durée de la garde à vue pour des délits d'escroquerie en bande organisée,** alors même que le pouvoir se trouve confronté à des réseaux fort complexes qui fraudent à la TVA ou sur la taxe carbone (par exemple), qui montent des pyramides de Ponzi, le tout pour des montants dépassant les 30 milliards d'euros annuels, et que les enquêtes en ce domaine, qui demandent de multiples recoupements, sont excessivement complexes. Pour Taubira, apparemment, être un délinquant, voire un criminel en col blanc, c'est moins grave qu'être un voleur à la petite semaine si on en juge par les actes et pas selon le discours...

** Curieusement", la droite n'a pas protesté contre cette mesure "laxiste"...

Nous conclurons en disant que la dame, aussi suffisante qu'insuffisante, prête suffisamment le flan à critiques pour que des abrutis ne se situent pas dans le registre ignoble du racisme le plus haineux, le plus obtus, allant même jusqu'à enrôler des enfants en bas âge dans l'éructation de slogans immondes.

benjamin borghésio