et qui porte sur des sommes astronomiques.

(Cahuzac, petit joueur!)

71065_bertrand-uneLéon Bertrand, maire de saint-Laurent du Maroni, "petit fils de bagnard", aime-t-il à le rappeler

leon-bertrandLéon Bertrand comparaît enfin devant ses juges! (rappelons que ses ennuis sérieux avec la justice ont commencé en novembre 2009, quand il fut écroué au début de l'enquête qui le visait, enquête elle même fort tardive)

Cette affaire commence le 20 juillet 2004, avec la disparition de Myrtho Fowel, directeur financier de la communauté de communes de l'ouest guyanais (CCOG), signalée à la police par son épouse. Deux années après la disparition de Myrtho Fowel, une information judiciaire est ouverte et mène à l'affaire de marchés publics truqués.

Tour à tour baptisée affaire Fowel, de la CCOG et affaire Bertrand, ce dossier conduit l'ancien ministre du tourisme en détention provisoire au centre pénitentiaire de Ducos dans la nuit du 26 au 27 novembre 2009, après une garde à vue à Cayenne. Il est placé le 12 mars 2010 sous contrôle judiciaire, soupçonné d'irrégularités dans les conditions d'attribution de marchés publics au sein de la CCOG.

L'ancien ministre et 9 autres co-prévenus seront jugés, à Fort-de-France pendant cinq jours à compter du jeudi 27 juin: le dossier a été dépaysé et confié à un juge d'instruction de Martinique (source guyane1ere)

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Les protagonistes.

Léon Bertrand, Maire de Saint-Laurent du Maroni depuis 1983, candidat à sa succession en 2014, Président de la CCOG,  figure centrale de ce procès.  C'est en 2002, à 51 ans. que Chirac qui a toujours voué un amour sincère à la Guyane, et pas toujours éclairé vis à vis de certains Guyanais, le nomme secrétaire d'état, puis ministre délégué au Tourisme, poste qu'il occupera jusqu'en 2007 quand Sarkozy déchiraquisera massivement (mais pour le consoler, Sarkozy le nommera Inspecteur général de l'éducation nationale, beau cadeau pour un ancien professeur de collège qui cessa d'exercer en 1983: c'est sur la base du traitement d'un IGEN que Bertrand pourra prendre sa retraite en 2011. C'est à la période correspondant peu ou prou à son ministère  que se seraient produits les faits de corruption passive et de favoritisme.
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Guy Le Navennec, directeur de la Société d'économie mixte de l'Ouest guyanais (Senog), "pompe à fric du système Bertrand", connaît Bertrand depuis plus de vingt ans.  (Son épouse fut la belle-soeur du maire). Il reprend la Senog avec un salaire annuel de 250 000 euros, soit le tiers du budget de la structure, qui intervient dans tous les chantiers de la mairie de Saint-Laurent et de la CCOG, c'est à dire sur un des territoires les plus pauvres de France, où une énorme proportion des enfants est encore déscolarisée faute de locaux scolaires (à titre d'exemple)
Le 15 novembre dernier, placé en garde à vue pour s'être en outre octroyé une prime de 872 000 euros à son départ à la retraite de la Senog, en 2010. Jugé pour corruption passive et favoritisme.
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65079-98654Myrtho Fowell, directeur financier de la CCOG, disparaît le 20 juillet 2004, à 37 ans. Démarre une enquête qui révèle des détournements vers son compte en banque puis ce qui deviendra l'affaire Bertrand. Soupçonné d'être parti avec la caisse, il semble désormais évident aux enquêteurs qu'il a été éliminé parce qu'il en savait trop.

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Augustin Tosah Be-Nza, recruté à la mairie en 1995, devient directeur des services de la CCOG en 1999. Quatre mois avant la disparition de Fowel, il se fait recruter en urgence à Évreux (Eure). Décrit comme très proche du directeur financier aujourd'hui disparu, il révélera aux enquêteurs une bonne partie du fonctionnement de la CCOG et de la supposée corruption pendant l'instruction. Il reviendra ensuite sur ses déclarations. Renvoyé pour corruption passive et favoritisme, sa position au procès est très attendue.

Richard Cheung A Long , (lien) neveu de Léon Bertrand, embauché à 21 ans comme attaché parlementaire par son oncle. L'année suivante, il crée la Senog et en 1993, il devient directeur de cabinet du maire de Saint-Laurent qu'il suit au ministère du Tourisme (chef de cabinet). En affaires avec d'autres hommes politiques,, il crée son agence Ouest Voyages qui lui verse 50 000 euros de dividendes par an. Tous les transports de la CCOG, la Senog et la mairie de Saint-Laurent où il a des responsabilités passent par son entreprise. Entre 2000 et 2009, cela représente deux millions d'euros. Jugé pour prise illégale d'intérêt, en plus du favoritisme et de la corruption passive.

François Combelles, chef d'entreprise désormais installé à Macapá (Brésil), a souvent travaillé avec la CCOG (construction du siège de Mana). Il "introduit" Jean-Pierre Lasalarié auprès de la CCOG. Lasalarié lance le chantier, la  CCOG ayant signé un acte d'engagement avec sa société avant même qu'elle n'ait déposé son offre. Jean Pradié, qui intervient aussi dans le chantier, lui demande alors de baisser son prix. Il accorde une remise de 5% et arrive à 536 000 euros, soit exactement le prix de l'acte d'engagement signé quinze jours plus tôt. Bref, selon les enquêteurs, tout était convenu d'avance. Il a reconnu avoir versé 35 000 euros à Augustin To-Sah. Il avoue avoir versé au total 500 189,17 euros de commissions aux responsables de la CCOG entre 1999 et 2008, sans quoi, dit-il, il n'aurait eu aucun marché. Jugé pour recel de favoritisme et corruption active.

Jean Pierre Lasalarié, architecte, sportif (a participé à Rames Guyane), a effectué son premier chantier avec la CCOG en 2002, pour la construction de son siège de Mana. Il a été sollicité par l'entrepreneur François Combelles. Jugé pour favoritisme et recel de favoritisme.
 
Jean Pradié (cité plus haut). il a réalisé la préparation et le suivi de chantiers pour le compte de la CCOG, de 2002 à 2004, à travers sa société Bacotech. En tant qu'assistant à maîtrise d'ouvrage, il était idéalement placé pour orienter la CCOG dans ses choix d'entreprises. Des documents découverts dans ses bureaux ont montré que les entreprises étaient parfois choisies avant l'appel d'offres. Il s'est défendu en affirmant que c'est Augustin To-Sah qui lui imposait le nom des entreprises. Jugé pour favoritisme, recel de favoritisme et corruption passive.
 
Jacky Hildebrand , gérant de 3C Construction, a construit le centre multiservice de Maripasoula (qui n'a jamais servi à rien) , alors que son offre était plus chère que celle d'un concurrent. Pour l'école d'Apatou, il présente une offre à 870 000 euros, ramenée à 776 000 euros, soit le montant fixé plusieurs mois plus tôt par Jean Pradié. Le chantier coûtera finalement 1,2 million. Jugé pour recel de favoritisme et corruption active.
Son ex femme Chunny Katidjo, gérante de droit de 3C Construction. Présentée comme la maîtresse de Myrtho Fowel, elle est soupçonnée d'avoir détourné de l'argent de l'entreprise au profit de sa famille et du directeur financier de la CCOG aujourd'hui disparu. Jugée pour recel de favoritisme et corruption active.
 
ABongo Adam, chef d'entreprise né à Grand-Santi en 1963, propriétaire d'une des principales pompes à essence d'Albina (Suriname). Il dirige Maroni Transports et Liaison, Adam Abongo Orpailleur et Aliba Pasaa Tiki. Ami d'Augustin To-Sah, il a monté une société d'orpaillage avec le directeur de la CCOG. Selon le juge d'instruction, il obtint deux marchés de la CCOG avant la fin de la procédure d'appel d'offres, en étant tenu informé des conditions du marché. Par exemple, pour la construction du centre multiservices de Papaïchton, son offre n'est supérieure que de six centimes à l'estimation de 777 793 euros! Jugé pour recel de favoritisme et corruption active.
José Félix, ancien directeur des services techniques de la CCOG, témoin assisté. Il assistait aux discussions dans le cadre des appels d'offres et en a décrit le fonctionnement aux enquêteurs. Seul François Combelles assure lui avoir versé une commission de 7 000 euros.
Sources: France-Guyane ; le parisien.fr ; le figaro.fr ; Guyane.la1ere.fr
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Le fond de l'affaire...
Qui commence en 2004 avec la disparition de Myrtho Fowel (rien de plus facile que de faire disparaître quelqu'un en Guyane...).
Le procès du maire de Saint-Laurent éclairera peut être le fonctionnement de la CCOG jusqu'en 2007. François Combelles, un des accusés (voir plus haut) jure que le parking situé près du ministère du Tourisme fut le lieu de la remise d'une enveloppe de 50 000 euros à Guy Le Navennec, patron de la Senog, qui l'a ensuite glissée dans la boîte à gants de sa voiture. Aura-t-on confirmation?
Les juges vont tour à tour se pencher sur les chantiers de la CCOG. La construction de la boulangerie de Saül (environ 100 habitants) était évaluée à 228 673,52 euros lorsqu'elle a été votée en 2001. Elle a coûté plus du double, mais la centaine d'habitants de Saül n'ont quasiment jamais mangé de pain... Idem, Awala-Yalimapo bénéficie d'un centre multiservices de 1 200 m2 (coût:1,37 million d'euros) qui devait abriter un libre-service, une infirmière et une entreprise de climatisation. Seul le libre-service s'y trouve. Les loyers ne rentrent pas et la CCOG voudrait s'en débarrasser. Pour la construction de trois hangars, l'entreprise Aliba Paasa Tiki a fait une offre de seulement 289,31 euros supérieure à l'estimation de l'architecte, qui était de 569 000 euros. Soit une marge d'erreur de 0,05%. Pur hasard...
Le Juge d'instruction est convaincu que ces fraudes aidaient à la réélection du maire de Saint-Laurent.
Il affirme: les enveloppes qu'auraient touchés, de la part de chefs d'entreprise, le maire de Saint-Laurent et président de la CCOG, son directeur de cabinet, celui de la CCOG et celui de la Senog "étaient destinées à financer de façon occulte les campagnes de Léon Bertrand".
François Combelles (voir plus haut) a expliqué avoir créé une société dans le Delaware, état américain à la fiscalité avantageuse. "Il approvisionnait le compte bancaire par de fausses factures à AMG, puis il redirigeait les sommes sur un compte au Luxembourg", conclut le juge d'instruction qui poursuit en rappelant que Léon Bertrand  "était mis en cause comme étant l'instigateur des actes de favoritisme et le bénéficiaire premier des actes de corruption [...] Les administrateurs de la CCOG soulignaient son omniprésence, directe ou via Augustin To Sah dans les décisions. En clair, aucun marché ne pouvait être attribué sans son aval." (mêmes sources)
Le maire a toujours assuré avoir découvert les fraudes avec l'enquête, ouverte suite à la disparition du directeur financier Myrtho Fowel, en 2004. Il a plusieurs fois affirmé ne pas connaître, ou très peu, les chefs d'entreprise mis en cause. Bref si c'était vrai, ce serait un aveu d'incompétence extrême compte tenu des sommes en jeu.
 
Seulement il y a son train de vie personnel, difficile à justifier. (lien) Malgré des revenus d'environ 15.000 euros par mois, Léon Bertrand a reconnu devant le juge avoir des difficultés financières. Il aurait plusieurs fois emprunté de l'argent à son neveu Richard Cheung-A-Long, il a bénéficié d'un prêt de l'Assemblée nationale et devait environ 130 000 euros aux impôts, ce qui ne l'a pas empêché d'acquérir une très belle propriété en métropole et une Jaguar de 120.000 euros qui se trouve à Paris (il est de notoriété publique à Saint-Laurent que lui faire crédit est hasardeux). Il a en outre a vendu trois Porsche en 2009, rappelle le juge (ces Porsche, il a bien fallu les acheter avant...).
 
Les sommes sont si conséquentes, et les rumeurs qui couraient depuis des années si fortes avant qu'une enquête ne démarre (tout se sait, en Guyane) obligent à s'interroger: Bertrand n'est certes pas un aigle (il suffit de l'entendre improviser quand il parle en public) mais ne se sentait-il pas, au moins jusqu'en 2007 et la déchiraquisation sarkozyste, à l'abri? Les Préfets, devant ces sommes hallucinantes au regard du budget de la Guyane ne tiquaient-ils pas? La Chambre Régionale des Comptes n'était-elle pas choquée que ses observations sur les budgets de la commune et de la CCOG, régulièrement qualifiés d'insincères, ne déclenchent pas de réaction (les factures en souffrance, pour des montants astronomiques, restaient dans les tiroirs)? Dans ces conditions, Bertrand (et/ou d'autres qui sont cités) furent-ils les seuls à profiter de tout cet argent? Il n'y eut pas de financement politique?

CaptureExtrait de sa fiche Wikipedia en date du 28 juin 2013 (l'auteur de ce blog garde une copie d'écran au cas où...) Fin septembre 2010, il réclame l'annulation de son procès, expliquant que les policiers qui l'ont interrogé "ont cru devoir porter des jugements de valeur particulièrement déplaisants", comme par exemple : "Comment un ancien ministre peut s'acheter l'année dernière une Jaguar de 120 000 euros et ne pas s'acquitter de ses dettes fiscales ? Est-ce que vos caprices personnels passent avant vos devoirs de citoyen ?", ou encore: "Pensez-vous qu'il est normal que le maire d'une ville dont beaucoup d'administrés vivent dans la misère, s'achète des véhicules de luxe et ne paye pas ses impôts."

Chacun appréciera... Est ce l'acte qui est choquant, ou le fait de le relater?

 
benjamin borghésio